Ferre Reggers : “Je veux simplement gagner. Toujours. Je veux écraser tout le monde…”

24/03/2026

Mercredi, le volley belge aura de nouveau une finale européenne à suivre. Pas avec Roeselare ou Maaseik, mais avec Lindemans Aalst, qui dispute pour la première fois de son histoire la finale de la CEV Challenge Cup. En face se présente Allianz Milano, solide club de la sub‑top italienne, avec deux Belges dans ses rangs. D’un côté Seppe Rotty, de retour après une longue revalidation et peut‑être déjà goed pour quelques points en défense, maar vooral Ferre Reggers als speerpunt en grote publiekstrekker.

Petit clin d’œil : pour l’opposé originaire de Pellenberg, ce sera déjà la troisième année d’affilée qu’il croise un club belge sur la scène européenne : Menen en 2023, Roeselare en 2025 et maintenant Aalst en 2026.

Nous sommes vendredi soir, quelque part à Milan. Dehors, il fait doux, le printemps donne envie de sortir. À l’intérieur, Ferre Reggers est derrière les fourneaux. Des pâtes, comme toujours. Préparées maison, comme toujours. Penne arrabbiata, un peu plus généreuses que d’habitude. Une petite routine, un moment de contrôle dans une saison qui n’a rien eu de prévisible. Le lendemain, l’attend Vérone, la machine du Nord construite à coups de transferts, pour un quatrième duel en quart de finale des play‑offs italiens. Et ensuite : Aalst. De quoi alimenter longuement la conversation sur sa toute première finale européenne, sur une saison milanaise marquée par les blessures, sur son obsession personnelle de la victoire et sur Lindemans, qu’il juge beaucoup plus dangereux que certains en Italie ne l’imaginent.

Ferre, come stai ?
Ferre Reggers : « Très bien, merci. Physiquement je me sens fort, les matches contre Vérone sont intenses et le rythme est infernal. Mais jouer tous les trois jours, au fond, j’aime ça. En plus, il fait 18 degrés tous les jours, le soleil brille, et on entame les semaines les plus importantes de la saison. Bref, j’ai hâte. »

Mercredi, ce sera ta première finale européenne. Qu’est‑ce que ça te fait ?
« Oui, c’est incroyable. C’était vraiment un objectif. On l’a dit clairement dès le début de la saison : demi‑finale de Coupe, demi‑finale des play‑offs et gagner cette coupe européenne. En théorie, il n’y a que trois pays qui remportent ce trophée chaque année : l’Italie, la Pologne et éventuellement la Turquie. Quand on a vu que les clubs polonais et turcs se trouvaient de notre côté du tableau, on a compris qu’il y avait une vraie opportunité, mais qu’il faudrait d’abord passer Norwid Częstochowa et Altekma Izmir. À partir de là, il faut oser le dire : on veut aller au bout. »

Votre saison régulière en Italie, avec une septième place, était en‑dessous des attentes.
« Oui, clairement. L’objectif de Milan, c’est de terminer dans le top 4, parmi des équipes comme Lube, Modène ou Piacenza. Mais on n’a quasiment jamais pu jouer au complet. Seppe Rotty n’a jamais été à 100%, Otsuka a eu des soucis, notre passeur s’est blessé, Recine a eu des problèmes au tendon d’Achille, et j’en passe. C’est surtout une saison de malchance, avec des blessures en match ou à l’entraînement. Du coup, on a vécu beaucoup de hauts et de bas. »

As‑tu le sentiment que l’équipe progresse au bon moment ?
« Oui et non. On a vraiment eu des semaines difficiles, à huit à l’entraînement, avec des jeunes qui complétaient le groupe. Mentalement, ce n’est pas simple de tout donner quand tu sais que le collectif ne peut pas vraiment se développer. Mais là, on arrive dans la phase cruciale. Dans les gros matches, contre des équipes polonaises ou turques, on a toujours répondu présent. Peut‑être que ce n’est pas notre meilleure saison, mais si on gagne cette coupe, on aura fait ce qu’il fallait. »

Tu es devenu la grande star de Milan. Comment restes‑tu frais dans un calendrier aussi lourd ?
« En écoutant très bien mon corps. Je touche du bois : je ne me suis jamais blessé de ma vie. Il y a un peu de chance là‑dedans, mais je connais aussi très bien mon corps, je sens ce dont j’ai besoin. On vient d’enchaîner deux tie‑breaks, alors je suis allé voir le coach en lui disant que j’avais besoin d’un jour de repos. Dans ces cas‑là, je vais à la piscine pour récupérer. Ce n’est pas parce que je n’ai pas envie de m’entraîner, mais parce que je sais ce qu’il faut pour être au top au bon moment. Notre coach, Roberto Piazza, comprend ça. Il sait comment je fonctionne. Finalement, il a donné un jour de repos à la plupart des titulaires. Piazza est un grand coach, et notre relation est excellente. »

Milan a déjà remporté cette coupe en 2021. Cette histoire se ressent‑elle encore dans le club ?
« Le club sait ce que ça représente de gagner cette coupe, même si c’est le seul trophée dans l’armoire. Mais personne dans le groupe actuel n’était là à l’époque. Recine a déjà disputé de gros matches, Caneschi aussi, et Cachopa a de l’expérience avec le Brésil. Mais pour le reste, on est une équipe jeune. C’est aussi ce qui rend l’histoire belle : peu de joueurs savent encore ce que c’est de gagner un titre avec Milan. »

En attendant, il y a encore Vérone en play‑offs. Est‑ce difficile de combiner ça avec une finale européenne ?
« C’est ça, le sport de haut niveau. Dimanche, mercredi, samedi… tu restes dans le rythme des matches. Perso, je trouve ça agréable. On s’entraîne peu, seulement la veille des matches, et c’est ça la beauté des play‑offs : tu vis vraiment de match en match. Et honnêtement ? Ça me convient. Je dors bien, je mange bien, je peux faire des grasses matinées, il fait beau… Tout ça aide. »

Passons à Aalst. Quel type d’équipe vois‑tu en face ?
« Je les ai déjà vus quelques fois, et je connais encore quelques joueurs d’avant, comme Simon Luka Vlahovic ou Mathis Verwimp, avec qui j’ai étudié en cinquième et sixième secondaire à l’École de sport. Aalst est, pour moi, une vraie équipe de ‘flow’. Quand ils se mettent dans le rythme et que tout tourne, ils peuvent être très dangereux. S’ils sont en finale, ce n’est pas un hasard. Ils n’ont pas eu un parcours cadeau, avec des équipes comme PAOK ou Bratislava, même s’ils étaient pour moi du côté le moins chargé du tableau. Mais bon, je connais les équipes belges : elles ne lâchent jamais. Elles vont jouer libérées, sans complexe. »

C’est une équipe qui, dès le début de saison, s’est construite avec un gros accent sur la pression au service.
« OK, ça promet. Mais on a l’habitude, surtout après les derniers matches contre les gros serveurs de Vérone. »

Selon toi, quelles seront les clés pour Milan ?
« Pour nous, c’est essentiel de mettre la pression d’entrée. Si on impose le match et qu’on les met sous pression, ils ne pourront pas faire grand‑chose. Si, par contre, ils entrent dans leur flow, ce sera plus compliqué. On doit aborder cette finale avec une concentration totale. Pas 95%, mais 100. »

Tu as entendu ce qu’Aalst dit de vous ?
« J’ai entendu une interview de Frank Depestele. Il disait aussi que si notre service fonctionne, on peut mettre énormément de pression. C’est vrai. Mais en même temps, ils savent aussi où ils peuvent nous toucher. On joue souvent avec quatre réceptionneurs, et le quatrième peut devenir une cible. Avec des floats lourds ou des jump floats, ils peuvent tenter des choses. Mais on le sait aussi, donc on s’y prépare. »

T’attends‑tu à deux matches très différents, l’un en Belgique et l’autre en Italie ?
« Pas forcément. Pour moi, la clé, c’est de bien négocier le premier match. Si tu gagnes 1–3 ou 0–3 à l’extérieur, tu te mets forcément dans une très bonne position. Mais ça reste une finale, tout peut arriver. Donc on doit surtout rester fidèles à notre jeu. »

Comment décrirais‑tu le jeu de Milan ?
« Patient. C’est une grande différence avec une équipe comme Vérone, où c’est souvent à la grosse artillerie : servir le plus fort possible, frapper le plus fort possible. Nous, on n’est pas l’équipe la plus physique ni la plus impressionnante du championnat, mais on est très bons dans l’organisation. Quand le plan est clair et que chacun l’exécute, on a beaucoup de chances de gagner. On doit prendre des risques, mais des risques calculés. »

Donc, surtout ne pas se dire : ‘on est meilleurs, on va mettre chaque première balle au sol’ ?
« Voilà. Surtout pas. On n’a pas les moyens de écraser une équipe juste en forçant. On doit faire notre truc, rester patients, construire point après point. C’est là qu’on est le plus forts. »

Aalst, ça se ressent différemment qu’un adversaire italien ?
« Pas vraiment au niveau de la préparation. Mais pour moi personnellement, oui, c’est spécial. Mon père organise de nouveau un car, j’ai dû mettre dix‑sept places de côté, des amis de l’époque viennent, même des anciens des Lizards. C’est super. Dommage seulement qu’on doive déjà reprendre l’avion le lendemain matin et que je ne puisse pas rentrer dormir à la maison. »

Troisième année de suite contre un club belge en Europe. Ça reste particulier ?
« Oui, toujours. Menen en 2023, Roeselare en 2025, Aalst maintenant. On dirait que je les ai tous eus. Sauf Maaseik, tiens. Ça reste spécial, parce que tu connais les gars, parce que tu sais comment en Belgique on vit ce genre de matches. »

Et Seppe Rotty, comment va‑t‑il ?
« Il s’entraîne à 100% depuis un peu plus d’un mois. On voit vraiment son évolution. Il frappe deux fois plus fort qu’il y a dix jours. J’en suis très content, parce que son énergie, c’est exactement ce dont cette équipe a besoin. Je ne sais pas s’il pourra déjà passer devant au filet à Aalst, mais je pense qu’il rentrera au moins en réception. Le coach le lui doit bien, après six mois de double séances quasi quotidiennes chez le kiné. »

En parlant de Belges : Basil Dermaux arrive à Milan, l’option idéale pour te remplacer, puisque tu t’en vas à Pérouse. Tu peux en dire quelque chose ?
« Pas grand‑chose. Tant que la saison n’est pas finie, je ne peux pas vraiment m’étendre là‑dessus. C’est une sorte de règle non écrite. Mais Basil va faire du bon boulot, c’est sûr. Il a tout : la puissance, le caractère. Et s’il reçoit en Italie les lectures de jeu qu’on y apprend, ce sera un énorme pas pour lui. En Belgique, on t’apprend souvent à frapper haut et fort. En Italie, tu apprends vraiment le jeu. Je suis énormément reconnaissant à Piazza pour ça. »

Ton nom à Perugia, on le lit un peu partout. Comment gères‑tu ça ?
« En n’y pensant pas. Pour les supporters, c’est autre chose : ils ne veulent pas que je parte chez un concurrent. Pour eux, je suis l’empereur, leur héros, et ils viennent me dire que je ne serai jamais ça à Pérouse. Mais tant que la saison est en cours, je ne regarde pas ça. Je veux gagner. C’est tout. Pas forcément cette Challenge Cup en particulier, mais gagner en général. Un jour, la Ligue des champions doit être à mon palmarès. J’en ai faim. Même si c’est le match le moins important du monde : je veux gagner. Je veux battre le premier, mais aussi le dernier. Pour le dire crûment : je veux tous les détruire. J’ai toujours ce sentiment. »

Tu vas te préparer différemment parce que c’est ta première finale ?
« Non. Je veux juste atteindre mon niveau et gagner. Je fais la même chose avant chaque match : sieste, douche, manger. Je mange presque toujours pareil, cinq fois par semaine des pâtes blanches à midi avec huile d’olive, fromage et poulet. C’est pensé pour la performance, je me sens bien comme ça. La veille du match, je mange un peu plus riche, un peu plus de sauce, un peu plus de fromage. Je veux juste que mon corps ait tout ce dont il a besoin. Et puis : performer. »

Pour finir : qu’est‑ce que les fans peuvent attendre de cette finale ?
« Deux équipes qui vont tout donner. Aalst ne lâchera rien, ça c’est sûr. Et nous, on veut vraiment gagner cette coupe. Ce ne sera pas une finale où une équipe roule sur l’autre. Ça se jouera dans les détails. Et sur celui qui saura saisir son moment. »

Et toi ?

(rires) « Moi, je veux finir toutes les balles qu’on m’envoie. »

Texte : Kenny Hennens
Photo : Powervolley Milano

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