Lara Nagels, un parcours remarquable d’Ostende à Suhl

22/05/2026

À Suhl, une petite ville de 36.000 habitants nichée dans les collines de Thuringe, il s’est passé cette saison quelque chose que même les plus grands optimistes n’auraient pas osé prédire. Une équipe sans statut de favorite, sans grande histoire au sommet, a d’abord remporté la Coupe d’Allemagne avant de décrocher aussi le titre national. À sa tête : une passeuse belge qui, il y a quatre ans, a choisi de quitter son port d’attache.

Pour Lara Nagels, c’est l’aboutissement d’un parcours construit étape par étape. Après de belles saisons à Ostende puis à VC Oudegem, l’idée de repousser ses limites a pris forme. D’abord en Grèce, à Markópoulo Revoil, puis en Allemagne, où elle a marqué l’histoire cette année avec le VfB Suhl Thüringen.

Personne ne les plaçait parmi les favoris. Suhl était depuis des années une équipe solide du milieu de tableau de Bundesliga, capable de surprendre de temps en temps les grandes équipes, mais rarement de jouer les premiers rôles. Cette saison, tout a soudainement basculé.

“Dès le premier jour, tout a fonctionné”, analyse Nagels. “Nous avions une joueuse de qualité à chaque poste. Et gagner des matches a évidemment donné encore plus d’énergie. Le succès nourrit la confiance, et la nôtre a atteint des niveaux incroyables.”

Lara Nagels explique aussi cette réussite par l’ambiance particulière du volley allemand. “J’ai joué presque tous mes matches dans des salles combles. Chaque club a un public très fidèle. À Suhl, le sport est vivant, les fans sont toujours là. Le fait que cette petite structure ait pu faire tomber des clubs installés au sommet nous a donné un énorme élan.”

Le conte de fées a commencé avec la Coupe d’Allemagne. En demi-finale, la puissance de Schwerin a été écartée, avant que Stuttgart, grand favori de la finale, ne s’incline face à l’équipe pleine d’énergie de Lara Nagels. Cinq sets, et un 15-13 dans le tie-break. “Cette victoire en coupe était un vrai exploit. À ce moment-là, notre saison était déjà réussie.”

Mais le groupe n’en était pas resté là. En play-offs, la confiance a grandi match après match. Suhl a éliminé des adversaires plus réputés les uns que les autres et a gardé ce momentum jusqu’aux finales contre Dresdner SC. Cette équipe, avec Amanda Siksna et l’ancienne joueuse de Nathalie Lemmens, était clairement favorite. L’avantage du terrain, inattendu, a donné un supplément d’énergie aux “Suhlse Wölfe”. Après une série de victoires improbables, l’histoire s’est conclue par un deuxième exploit : le titre de champion d’Allemagne. “Championne de volley”, sourit Nagels. “Ça sonne encore un peu irréel.”

Le prix du succès se fait déjà sentir. Plusieurs cadres vont partir, attirés par de plus grands clubs et de meilleurs contrats. Suhl devra remplacer trois titulaires, mais l’ambition demeure intacte. La saison prochaine, le “petit” Suhl jouera même la CEV Champions League. Nagels restera dans le groupe, comme chef d’orchestre d’une équipe remaniée. “L’équipe change un peu, c’est la loi du sport après une saison aussi réussie. Trois titulaires s’en vont, mais le groupe pour l’an prochain est déjà composé. Je reste au moins encore un an. Nous sommes prêts pour l’Europe.”

Alors que les souvenirs de la fête du titre sont encore frais en Thuringe, Lara Nagels a déjà rejoint les Yellow Tigers. L’équipe nationale belge a entamé en mai 2026 sa campagne d’été avec la Volleyball Nations League, suivie du Championnat d’Europe. Le doublé allemand ne garantit toutefois pas une place de titulaire en sélection.

“Nous venons à peine de commencer les entraînements”, explique Nagels. “Avec un grand groupe, donc la sélection définitive doit encore être faite par Kris Vansnick. Ce n’est pas parce que j’ai gagné la coupe et le championnat d’Allemagne que j’ai plus de garanties en équipe nationale. Je dois encore me battre pour ma place. Le programme s’annonce à nouveau chargé : la VNL commence juste après le fanday, avec une première semaine à Nanjing, puis Ankara et Hong Kong. En août, nous jouerons l’Euro à Bakou, en Azerbaïdjan.”

Lara Nagels vient d’une famille de volley. Son père Jan reste actif dans le milieu, et ses frères Joren et Jelle jouent ensemble à Marke-Webis Wevelgem. Elle n’est pas passée par le parcours classique de l’école de sport de haut niveau, mais à 28 ans — l’âge idéal pour une passeuse — elle a déjà accumulé une solide expérience.

Le départ à l’étranger, il y a quatre ans, a été un tournant. “En Grèce, l’accent est davantage mis sur le physique ; en Allemagne, le volley repose plus sur la technique et la vitesse tactique. C’est ce qui a fait de moi la passeuse que je suis aujourd’hui. Je n’ai pas regretté une seule seconde”, conclut-elle.

Texte : WV
Photo : Lara Nagels

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