Warre Vandecruys : “Je suis encore loin du niveau de Basil et Ferre, mais je veux progresser”
Le soleil tape fort à Beveren, mais à l’intérieur de la salle de sport de haut niveau, la température monte encore d’un cran. Pendant que les Red Dragons se préparent à un été historique – avec la Volleyball Nations League et un Championnat d’Europe au programme – l’activité bat son plein.
Parmi les visages connus, comme Sam Deroo, et la stature mondiale de Ferre Reggers, un nom revient avec insistance pour la deuxième année consécutive dans les listes du sélectionneur Emanuele Zanini : Warre Vandecruys. Un opposite gaucher de 20 ans, originaire de Zonhoven, qui semble défier la logique.
Pas de passage par l’école de sport de haut niveau, un changement de poste il y a seulement cinq ans, de passeur à attaquant, et aujourd’hui encore un étudiant à Louvain qui doit jongler avec huit examens entre deux blocs d’entraînement. Qui est donc ce “Rising Dragon” qui tente de se frayer un chemin vers le très haut niveau depuis l’ombre du port d’Anvers ? Nous l’avons découvert dans un long entretien croisé avec son coach à Anvers, Raf Vekemans, et avec le jeune talent lui-même.
Le coach : Raf Vekemans
Raf, Warre figure pour la deuxième année consécutive sur la longlist des Red Dragons. Pour le grand public, il reste encore assez méconnu, mais toi tu l’as fait venir à Anvers il y a deux ans. Qu’as-tu vu en lui que les autres n’avaient pas remarqué ?
Raf Vekemans : “En réalité, c’est simple : j’ai découvert Warre lors d’un match amical qu’Anvers a disputé contre Hasselt pendant la préparation. Il m’a tout de suite marqué. Pas parce qu’il mettait déjà tout le monde d’accord, mais parce que ses mouvements étaient d’une grande naturel. Il est gaucher, ce qui est toujours un avantage au poste d’opposite à cause des angles compliqués, mais c’est surtout son saut naturel et sa frappe qui m’ont accroché. Je l’ai alors amené à Anvers. Il n’avait pas suivi l’école de sport de haut niveau, ce qui faisait de lui une sorte de page blanche. Un diamant brut, pas encore poli par les procédures classiques, et j’aime ça.”
Il n’a basculé de passeur à opposite qu’il y a cinq ans. C’est quand même un pari, non ?
“Ce n’était pas un pari, c’était une nécessité liée à son développement physique, mais il faudrait demander ça à Warre lui-même. Moi, je voyais surtout que les réflexes d’un passeur – les mains, la vision du jeu – deviennent une énorme force quand on passe à l’attaque. Warre pense parfois encore comme un passeur. Il sait où le block va se placer, il comprend la tactique. Ce n’est pas un frappeur ‘bête’ qui tape dans le ballon sans réfléchir. Le fait qu’il ait digéré cette transition si vite prouve sa force mentale.”
Comment s’est passée sa progression cette saison à Anvers ? Il devait pourtant composer avec la concurrence d’un joueur expérimenté comme Jeroen Oprins.
“Warre a joué environ 30% des matches cette saison, mais son impact dépasse largement ce que ce chiffre laisse croire. Jeroen Oprins reste, quand il est en forme, l’un des meilleurs opposites du championnat, mais il traîne des blessures depuis un moment. Cela a donné à Warre l’occasion de s’installer. Parfois, c’était même un choix tactique volontaire de le faire jouer, uniquement pour favoriser sa progression. Depuis janvier, il a vraiment pris place dans l’équipe et, pour la saison prochaine, il aura sans doute des opportunités, aussi à cause de la longue blessure de Jeroen. Zanini suit aussi son évolution de très près. Je suis régulièrement en contact avec Emanuele ; il croit vraiment au potentiel de Warre. Le fait qu’il soit à nouveau avec les Dragons est la meilleure publicité possible pour notre club.”
Quels sont ses points à améliorer s’il veut vraiment franchir le cap et s’imposer chez les Red Dragons ?
“Techniquement et tactiquement, il est déjà très avancé, mais physiquement, il doit encore prendre du volume. 1m98, c’est très bien, mais au niveau international, il faut y ajouter la puissance nécessaire. Sa défense et son travail au block sont aujourd’hui les principaux axes d’amélioration. Mais Warre est un travailleur incroyable. Il râle parfois à l’entraînement quand quelque chose ne marche pas, mais c’est une frustration saine. Il veut corriger ses points faibles. Le fait qu’il combine ses études au Sportkot avec ce niveau en dit long sur sa discipline.”
L’étudiant-athlète : Warre Vandecruys
Warre, commençons au début. Tu viens de Zonhoven, tu étudies à Louvain, mais tu joues à Anvers. À quoi ressemble une journée type dans la vie de Warre Vandecruys ?
Warre Vandecruys : “(rires) En ce moment, c’est surtout un casse-tête. Je suis en deuxième bachelier en sciences du mouvement et éducation physique au Sportkot. Donc, en journée, je suis en auditoire ou je m’entraîne, et le soir je prends la voiture vers Anvers pour les séances. J’ai actuellement huit examens à passer, donc la coupure après la saison a été très courte. Heureusement, j’ai un statut de sportif de haut niveau, mais ça reste intense. Je covoiture souvent avec Raf quand je pars de Zonhoven, et ça m’aide beaucoup à faire le trajet jusqu’à Anvers.”
Tu as un parcours atypique : tu as refusé l’école de sport de haut niveau. Pourquoi ?
“J’ai effectivement reçu des propositions de l’école à Louvain et de celle de Vilvorde, mais à l’époque, je ne le sentais pas. J’avais seize ans et je commençais seulement à comprendre que le volley pouvait vraiment mener quelque part, mais je ne voulais pas quitter mes amis du secondaire. J’ai construit mes bases à Hasselt, dans une vraie famille de volley. Ma mère jouait au volley et ma sœur Fien évolue maintenant chez les dames de Hasselt.”
Puis il y a eu ce fameux changement : de passeur à opposite. Comment s’est passée cette métamorphose ?
“Jusqu’au covid, j’étais effectivement celui qui distribuait les ballons. Après le confinement, je suis revenu et j’avais soudainement beaucoup grandi par rapport à mes coéquipiers, qui étaient plus âgés. La réception n’a jamais été mon point fort, mais je pouvais déjà mettre un ballon par terre. Comme je suis gaucher, le passage au poste d’opposite était logique. C’est amusant, parfois je vois Sil Meijs jouer, lui aussi a fait le même changement, et je pense à mon époque de passeur. Mais le déclic est désormais total. J’adore le rôle de finisseur. Mon passé de passeur m’aide pour la lecture du jeu, même si je pense que la transition a eu lieu assez tôt pour que je me sente aujourd’hui comme un vrai opposite à part entière.”
Tu es maintenant pour la deuxième année consécutive sur la longlist des Red Dragons. L’an dernier, tu avais été écarté juste avant la sélection finale.
“L’an dernier, cette invitation avait été une énorme surprise. Je me suis dit : ‘Qu’est-ce que je vais faire là, derrière des gars comme Basil Dermaux et Ferre Reggers ?’. Mais ces semaines d’entraînement sous Zanini ont été une vraie révélation. La différence de niveau est impressionnante. Quand tu regardes ces gars-là, tu apprends à chaque seconde. L’intensité est bien plus élevée qu’en championnat. Bien sûr, j’ai été un peu déçu de ne pas figurer dans la shortlist finale, mais ça m’a surtout motivé pour cette saison.”
Cette année, le défi est encore plus grand avec la VNL. Qu’attends-tu de cet été ?
“Je suis réaliste. Je sais que je suis encore un peu derrière Basil et Ferre. Ce sont des joueurs de tout premier plan mondial. Mais j’ai maintenant l’occasion de m’entraîner avec le grand groupe à Beveren. Il y a un programme parallèle avec les Rising Dragons, et il est probable que j’y obtienne davantage de temps de jeu en matches amicaux. C’est exactement ce qu’il me faut pour progresser : accumuler les expériences à l’échelle internationale. Bien sûr, j’espère secrètement grappiller quelques minutes pendant la VNL, mais mon objectif principal reste de grandir.”
Zanini est connu pour croire aux jeunes. As-tu déjà beaucoup échangé avec lui ?
“Il n’y a pas encore eu beaucoup d’entretiens individuels, mais à l’entraînement, il est très présent. Il insiste énormément sur la préparation physique et la force musculaire. Je pèse environ 88 kg pour 1m98, donc j’ai encore de la marge au niveau de la masse musculaire. Je sais que je dois encore franchir des étapes pour casser ce ‘mur international’. Mais la confiance qu’il dégage envers les jeunes nous donne à tous un énorme coup de boost.”
Texte : Kenny Hennens
Photos : Daniël Van Hoeck
Programme des Red Dragons – été 2026 :
27/05 : Fandag Beveren : Belgique vs France.
10/06 – 14/06 : VNL semaine 1 (Brasilia) vs Bulgarie, Brésil, Serbie, Iran.
24/06 – 28/06 : VNL semaine 2 (Gliwice) vs Pologne, Chine, Allemagne, Turquie.
15/07 – 19/07 : VNL semaine 3 (Osaka) vs Cuba, Italie, Japon, Canada.
10/09 – 26/09 : Championnat d’Europe (poule C, Finlande).