Manon Stragier: ‘The Last Dance’

24/04/2026

« Mieux vaut arrêter au sommet que continuer jusqu’au déclin »
Neuf saisons à Asterix Avo. Six Coupes, sept titres nationaux et peut-être un huitième ce dimanche. Élue « Joueuse de l’Année », récemment encore « Star of the Game ». Des Yellow Tigers à la CEV Champions League : Manon Stragier a tout vu, tout vécu. En début d’année, elle a annoncé qu’elle mettrait un terme à sa carrière. Il est temps.

« Les émotions viendront après »
En janvier, tu as surpris la presse nationale en annonçant ton arrêt. À l’époque, la fin semblait encore loin. Aujourd’hui, elle est toute proche. Ressens-tu déjà l’émotion monter ?

Manon Stragier :
« Toute mon attention est tournée vers la prochaine finale. Nous menons 2-0, une victoire nous sépare du titre. Dans un match aussi important, il n’y a pas de place pour les sentiments. Quand tout se déroule bien, comme dans ce troisième set jeudi, tu peux parfois lever les yeux et profiter. Mais quand c’est serré — comme dans les deux premiers sets — tu es dans un tunnel : tactique, adversaire, exécution, concentration. »

Et pourtant, les supporters affichent ton nom — M-A-N-O-N — avec des cœurs sur leurs T-shirts. Ta famille et tes proches sont en tribune. Le club t’érige en capitaine et figure emblématique. L’émotion se rapproche.
« J’essaie de m’en protéger. Cela peut distraire, et le moment est trop important. Les émotions viendront après le dernier coup de sifflet. Bien sûr, cela me touche. Grâce au volley, j’ai construit des amitiés pour la vie. Mais cette finale est trop intense pour devenir déjà sentimentale. Roeselare nous a déjà mises en difficulté, certains sets étaient très serrés. »

« En Belgique, il faut souvent se débrouiller »
Qui a le plus influencé ton parcours ?
« Tout a commencé à Wevelgem, avec une excellente formation de jeunes grâce à mon père et Dirk Dobbelaere. À l’école de volley, Fien Callens m’a beaucoup marquée. Ensuite, ma première période à Asterix Avo, où j’étais impressionnée par la vision du jeu de Gert Vande Broek. Et bien sûr Kris Vansnick lors de mon retour au club — j’ai travaillé le plus longtemps avec lui. Son apport est immense. Entre-temps, Luc Engelschenschilt m’a donné ma chance à Michelbeke et Gand. Je n’oublierai jamais. Et puis il y a les coéquipières : Sarah Smits a été un véritable exemple. »

Ta génération a fait des choix différents.
« C’est une différence fondamentale. En Belgique, tu dois souvent te débrouiller pour combiner sport, études et travail. En Italie, par exemple — regarde Britt Herbots ou Silke Van Avermaet — tout tourne autour du volley. C’est leur métier. Ici, il y a plus de distractions, et cela influence les carrières. »

« Avec l’expérience d’aujourd’hui, j’aurais peut-être choisi autrement »
Tu avais aussi des opportunités à l’étranger.
« Oui, il y a quatre ans. Mais j’ai choisi la sécurité, mon environnement. Aujourd’hui, je me dis parfois qu’avec la maturité actuelle, j’aurais peut-être tenté l’aventure. Entre-temps, j’ai rencontré Jari, et cela a aussi influencé mes choix. »

Tu entres dans un nouveau chapitre avec Jari De Busser.
« On se voit très peu aujourd’hui, quelques heures par semaine. On veut changer cela. Lui est au début de sa carrière, moi à la fin. C’est le bon moment. Et pour Club Bruges, j’en sais autant que vous… Dans le football, tout se décide tard. »

« Je ne veux pas faire de compromis »
L’écart entre volley et football reste énorme.
« Oui, mais cela ne m’empêche pas d’avoir vécu des moments incroyables. J’aime toujours jouer, mais je ne veux pas faire de compromis. Je préfère arrêter au sommet plutôt que de continuer en déclin. Et je veux aussi évoluer dans ma carrière en marketing. »
« Rien n’est encore joué »

Et ces play-offs ?
« Ce n’est pas fini. C’est un ‘best of five’. Roeselare reste dangereux. Elles ont bien compensé l’absence de Nikita De Paepe avec Janne Deleu. Et il y a du jeune talent comme Lune Hoste. Chez nous, on attend des nouvelles d’Helena Gilson, blessée jeudi. Kaat Cos a très bien pris le relais. Mais nous pouvons encore progresser en équipe — et c’est ce qui nous pousse vers un 18e titre. »

Pour Manon Stragier, la dernière danse a commencé. Peut-être dès ce dimanche, devant des tribunes pleines, pour conclure une carrière en beauté.

Texte : Walter Vereeck
Photo : bevograaf

Top