Michiel Fransen : “Nous n’avons rien à perdre contre Roeselare”
Le monde du volley belge se frotte les yeux. Tectum Achel, l’équipe qui campait encore à une anonyme septième place après la phase régulière, s’est muée en véritable giant killer. Après avoir déjà laissé Aalst sans réponse dans la phase Challenge, les Limbourgeois ont signé lundi soir le coup de théâtre ultime : le vice‑champion Haasrode Leuven a été proprement expulsé des play-offs à domicile.
Pendant que la Sportoase sombrait dans un trauma collectif, l’enclave limbourgeoise fêtait une résurrection symbolique après être revenue de ses cendres. Au cœur de cette vague d’euphorie, on retrouve Michiel Fransen. L’opposé de 23 ans, qui après six ans à Achel rejoindra justement Leuven, joue actuellement le meilleur volley de sa vie. Alors que les crampes tirent encore dans les mollets et que l’adrénaline n’est pas encore retombée, le mastodonte suivant attend déjà : Knack Roeselare.
Le parcours de Tectum Achel cette saison ressemble à un scénario de film sportif. Des défaites douloureuses contre Guibertin et Waremme jusqu’en demi-finale des play-offs. Le moteur a longtemps toussé, le changement d’entraîneur entre Jan Vanvenckenray et le duo Joost Weltens–Allan Van de Loo a d’abord ressemblé à un coup de désespéré, mais s’est finalement révélé être le catalyseur d’une métamorphose inédite. Michiel Fransen est le visage de cette transformation. À 2m02, il est devenu le point d’ancrage de l’attaque et vit son véritable décollage. Le fait de devoir bientôt se présenter à la REO Arena contre le champion de Belgique en titre ne l’inquiète pas. “La pression est totalement retombée”, dit-il avec calme.
Michiel, revenons à lundi soir. Après la dernière balle de Yannick Bak, la Sportoase était muette. As-tu déjà pu mesurer ce que vous y avez accompli ?
Michiel Fransen : “Ça commence à entrer, oui. L’ambiance dans le vestiaire hier… c’était une pure explosion de joie. Nous avons vraiment traversé une saison extrêmement difficile. Il y a eu des moments où la foi avait aussi un peu disparu en interne, mais être maintenant en demi-finale ? Cela ne rend pas seulement notre saison bonne, cela la complète. Mais rassure-toi, il n’y a pas eu de grande fête. La plupart sont rentrés assez vite à la maison. Moi, je n’ai pas touché une goutte d’alcool. En pensant au match contre Roeselare, ce n’aurait de toute façon pas été raisonnable.”
Vous étiez les underdogs absolus. Leuven était sur le papier le grand favori et avait l’avantage du terrain. Pourquoi cela a-t-il enfin marché, alors que ces deux dernières années vous aviez à peine réussi à les bousculer ?
“Leuven ne nous convient normalement pas du tout. Leur jeu rapide avec le passeur Matthias Valkiers, nous avons souvent du mal à le contenir. Mais nous savions que pour les battre, il fallait les détruire au service. Dans notre match à domicile à Achel, notre pression était trop faible et on voit alors Leuven s’envoler. À la Sportoase, nous avons inversé la tendance. Nous les avons tellement mis sous pression en réception qu’ils n’ont jamais trouvé leur rythme habituel. Et oui, quand tu vois qu’on gagne le premier set 11-25… ça fait quelque chose. Ce n’était pas une simple victoire de set, c’était un message.”
Ce 11-25 était en effet hallucinant. D’où est venue cette précision soudaine ?
“C’était une dynamique collective. Berre Peters a commencé par une série au service fantastique et, à partir de là, tout a fonctionné. Défensivement, nous avons récupéré des ballons qu’il y a trois mois on laissait tomber. Mais le plus important, c’était le risque que nous avons osé prendre. Notre nouveau coach, Joost Weltens, nous avait dit avant : ‘Je préfère que tu rates la balle trois fois de suite en assumant pleinement, plutôt que de jouer retenu par peur de l’erreur.’ Nous avons emporté cette confiance avec nous. Nous avons joué libérés.”
En parlant de Weltens : le changement de T1 en plein milieu de saison était un pari risqué. Qu’a-t-il changé pour que tout s’emboîte enfin ?
“Regarde, sous Jan (Vanvenckenray), on ne trouvait tout simplement plus le flow. Il y avait beaucoup plus de talent dans ce groupe que ce qui en sortait, et à un moment la foi avait un peu disparu. Joost et Allan ont été très directs dès le premier jour. On a d’abord parlé en groupe, puis ils ont eu des entretiens individuels avec chacun. Qu’est-ce qui te pèse ? Qu’est-ce qui doit changer ? Ils ont vraiment écouté les frustrations qui existaient, parfois aussi sur le plan personnel, sans entrer trop profondément dans les détails. Ils ont remis tout le monde dans la même direction. Les entraînements sont plus tranchants, la discipline tactique a énormément augmenté. On l’a vu aux killblocks contre Leuven : nous étions toujours au bon endroit.”
Tu formes avec le Néerlandais Yannick Bak un duo meurtrier sur les ailes. Avez-vous le sentiment qu’aucun block en Belgique ne peut vous arrêter en ce moment ?
“Nous sommes dans une phase où nous osons envoyer la balle très haut. Notre passeur Mario Schmidgall nous sert aussi de manière fantastique. Mercredi dernier, nous n’avons subi que deux killblocks sur tout le match, ce qui dit beaucoup du niveau que nous atteignons actuellement. Mais il faut rester réalistes : contre Roeselare, il y a Pieter Coolman et Lennert Van Elsen, deux garçons d’un autre calibre physiquement. Ce sera une tout autre histoire, mais nous n’y allons pas pour faire de la figuration.”
Le détail le plus piquant de cette demi-finale est évidemment ta situation personnelle. Tu as signé à Haasrode Leuven pour la saison prochaine. À quel point était-ce ambigu de priver tes futurs coéquipiers d’un ticket européen ?
“C’était certainement ambigu, surtout avant le match. Tu y penses quand même un instant. Mais dès que le premier ballon est servi, il n’y a plus qu’Achel qui compte. Hendrik Tuerlinckx (coach de VHL) est venu vers moi après le match. Il m’a désigné comme MVP et m’a dit avec un clin d’œil : ‘L’an prochain, je veux te voir faire pareil, mais pour nous.’ Il n’y a aucune mauvaise tension. Ils comprennent que je joue à 100% pour mon club actuel. C’est juste amer de savoir que l’an prochain je ne jouerai pas l’Europe avec Leuven à cause de moi-même, mais bon… alors on se concentrera sur le championnat et la coupe.”
Le calendrier est infernal. Achel a joué presque sans interruption des matches de très haut niveau ces 40 derniers jours à travers les Challenge Play-offs et les quarts de finale. À quel point les jambes sont-elles lourdes désormais ?
“La fatigue est là, je ne vais pas le nier. La charge à l’entraînement est actuellement très légère, on ne fait presque plus rien physiquement, juste du tactique et des mises en place tranquilles. Mais l’adrénaline de la victoire fait beaucoup. En tant que sportif de haut niveau, tu veux jouer ces matches-là. Une demi-finale contre le champion en titre… c’est pour ça qu’on fait ce métier. Les jambes sont lourdes, mais la tête veut avancer.”
Et maintenant Roeselare. En phase régulière, vous avez perdu deux fois 0-3. Avez-vous vraiment une chance contre une équipe qui a pu souffler et préparer ce duel pendant trois semaines ?
“Roeselare est le grand favori, ne tournons pas autour du pot. Ils ont montré en Ligue des champions qu’ils étaient une équipe de tout premier plan. Leur repos peut être un avantage, mais il peut aussi se retourner contre eux. Nous, nous sommes dans le rythme, dans le flow. Eux doivent retrouver leur bouton ‘on’ après trois semaines. Au match à domicile contre eux, nous avions beaucoup de blessés ; moi-même, je n’avais même pas joué. Maintenant, nous sommes complets. Notre seule chance, c’est à nouveau cette pression au service. Si nous pouvons les sortir de leur rythme, nous pouvons leur compliquer la tâche.”
Pour Martijn Colson aussi, c’est spécial : il joue demain contre son futur employeur, Knack Roeselare. Sens-tu chez lui une motivation supplémentaire ?
“On n’en a pas beaucoup parlé entre nous, mais pour lui ce sera sans aucun doute particulier. Ce serait évidemment une histoire fantastique s’il pouvait déjà éliminer son futur club. Martijn est quelqu’un de posé, mais je vois dans ses yeux qu’il est prêt. Comme le reste des gars qui partent, comme Yannick Bak et moi.”
On a un peu l’impression d’une ‘last dance’ pour ce Tectum Achel. La fin d’un cycle avec beaucoup de cadres qui partent. Est-ce pour cela que vous jouez aujourd’hui aussi libérés ?
“Peut-être bien. Pour beaucoup d’entre nous, c’est la fin d’un beau chapitre. Je joue ici depuis six ans, j’ai grandi ici, d’un garçon de l’école de sport au joueur que je suis maintenant. Nous voulons finir en beauté. L’an dernier, nous étions aussi en demi-finale, mais nous avions été balayés par Roeselare. Cette année, nous sommes plus expérimentés, plus mûrs. Est-ce qu’on ira en finale ? On verra. Mais notre saison est déjà réussie. Tout ce qui vient maintenant, c’est la cerise sur le gâteau.”
Tu as été formé comme central, tu es ensuite passé au poste d’ailier au quatrième année de l’école de sport et tu brilles aujourd’hui comme opposite. Où se trouve ton avenir définitif, aussi en vue des Red Dragons où tu es sur la longlist ?
“L’opposite est vraiment mon meilleur poste. J’y vois mieux le block et, avec mes 2m02, je peux y utiliser ma puissance de manière optimale. Hendrik aussi me voit comme opposite pour la saison prochaine. Chez les Dragons, je suis encore noté à l’aile pour le moment, mais je veux en sortir et me concentrer uniquement sur mon rôle d’attaquant principal. Pour l’instant, seule la position 2 à Achel compte. Je veux encore tout donner une dernière fois pour ce club.”
Quel est le scénario ultime contre Roeselare ?
“Qu’on leur rende la vie très difficile. Que les supporters de Roeselare commencent à s’inquiéter un peu. Si on joue notre jeu et que le service à risque passe bien, tout est possible. Nous allons évidemment jouer pour la victoire. Mais restons réalistes, ce sera extrêmement difficile. Quoi qu’il arrive, nous pourrons nous regarder dans le miroir sans honte. Achel est de nouveau sur la carte.”
Texte : Kenny Hennens
Photo : Tectum Achel
Programme des demi-finales (best of 3)
Match aller : mercredi 22 avril – Knack Roeselare vs. Tectum Achel et Greenyard Maaseik – Lindemans Aalst (20h30)
Match retour : vendredi 24 avril – Tectum Achel vs. Knack Roeselare et Lindemans Aalst – Greenyard Maaseik (20h30)
Éventuel troisième match : dimanche – Knack Roeselare – Tectum Achel et Greenyard Maaseik – Lindemans Aalst (17h)