Emanuele Zanini : “Le vrai travail commence maintenant pour les Dragons”
Pour la première fois de leur histoire, les Red Dragons participeront à la Volleyball Nations League (VNL). Un cap symbolique majeur pour le volley belge, mais aussi le début d’un été extrêmement chargé et éprouvant. Les hommes de la sélection belge s’apprêtent à traverser l’Atlantique pour le Brésil, où ils seront immédiatement plongés dans le grand bain face à l’élite mondiale. La préparation, menée en Belgique, en Italie et en France, a été courte, intense et riche en ajustements tactiques. Où en est réellement l’équipe nationale belge ?
À la veille du départ, le sélectionneur Emanuele Zanini a pris le temps d’un long entretien exclusif. Entre les dernières séances à Louvain et Vilvorde, l’Italien dresse un bilan lucide et trace les perspectives. Il évoque les nombreux défis de son groupe, l’expérimentation tactique avec Ferre Reggers et Basil Dermaux, les absences importantes, et le grand objectif qui se dessine pas à pas : les Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles.
Un cap historique
Nous sommes à l’aube d’un moment historique : la toute première participation des Red Dragons à la VNL. Quand on regarde le chemin parcouru par cette équipe, qu’est-ce que cela vous inspire au moment de boucler les valises pour le Brésil ?
Emanuele Zanini : « Quand je repense au moment où j’ai commencé ici comme sélectionneur il y a quatre ans, une chose est claire : nous avons fait de vrais progrès avec cette équipe. La connexion entre la fédération, le staff et les joueurs est excellente, et il y a énormément d’enthousiasme pour cette première participation. Bien sûr, nous sommes en grande partie satisfaits de notre position actuelle. Mais nous sommes aussi réalistes : nous savons que le vrai travail commence maintenant. Notre grand objectif avec ce groupe reste inchangé : nous voulons nous qualifier pour les Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles. »
Un premier tournoi à ce niveau apporte une énergie particulière, mais la VNL est aussi un test physique et mental d’une rare intensité. Où en est le groupe sur le plan de la forme ?
« La compétition sera d’un niveau extrêmement élevé, c’est certain. La réalité, c’est qu’à l’heure actuelle nous devons encore attendre certains joueurs et que nous avons des blessés. Le poste d’ailier est surtout notre zone la plus sensible pour le moment. Mathijs Desmet a malheureusement décidé d’arrêter avec l’équipe nationale pour des raisons privées, ce qui nous oblige à chercher une solution en interne. Ensuite, Seppe Rotty revient tout juste d’une lourde blessure, et nous le savons depuis longtemps. Le remettre complètement d’aplomb est une course contre la montre, et il n’est aujourd’hui qu’à 60% de ses capacités. Pierre Perrin a certes fait une très bonne saison, mais il a terminé le championnat avec des soucis physiques. Il faut donc composer. D’autant plus avec l’indisponibilité de notre capitaine, Sam Deroo. »
Le cas Deroo
Quelle est la situation autour de Deroo ? La qualification pour l’Euro reste son grand objectif, mais le verra-t-on encore en VNL ?
« Malheureusement, Sam n’est pas encore à 100% disponible pour cette première partie de campagne. Il pourrait être prêt pour la dernière semaine au Japon, mais il doit d’abord passer encore plusieurs examens médicaux et physiques. Il y a aussi une très belle nouvelle personnelle : il va bientôt devenir père. Nous examinons donc sa situation étape par étape. Je ne peux pas encore le confirmer à 100%, mais connaissant Sam, il fera tout pour être là si les circonstances le permettent. Il faut respecter cela. »
Cette situation vous oblige à des choix tactiques. Lors des matches de préparation contre la France, la Turquie et l’Italie, on a vu une expérimentation très marquante : Ferre Reggers à l’aile et Basil Dermaux en opposite. Comment se passe cette transition ?
« Ferre Reggers a tout de suite montré qu’il avait la flexibilité et le bon état d’esprit pour aider l’équipe. Changer de poste à ce rythme — passer d’opposite à ailier — n’est absolument pas simple. Surtout pas à ce niveau. Il essaie aujourd’hui d’assimiler cela à une vitesse record. Pendant la préparation, il a déjà très bien fait. Bien sûr, nous ne sommes pas aveugles aux risques : nous savons que les adversaires vont cibler Ferre sans la moindre hésitation en réception. Beaucoup d’équipes à ce niveau ont la qualité au service et les armes tactiques pour faire exploser une ligne de réception. Mais nous savons où sont les points à améliorer. Le grand avantage, c’est qu’avec cette configuration nous avons davantage de potentiel dans notre service et dans notre attaque. Cela reste un chantier en cours, mais cette formule nous donne plus de puissance. »
Une équipe jeune
La majorité de votre groupe est très jeune. Quel sera selon vous l’impact de cette VNL sur leur mentalité ?
« Nous savons que les premiers matches ne nous feront aucun cadeau. La compétition est impitoyable. Pour la plupart de nos joueurs, c’est un monde totalement nouveau. Seuls Stijn D’Hulst et Matthias Valkiers ont de l’expérience à ce niveau international. À tous les autres postes, cette expérience manque encore tout simplement. Les premiers matches seront donc forcément chargés d’émotions. Cela va marquer profondément ces jeunes joueurs. Mais si l’on regarde où nous en sommes aujourd’hui dans le volley belge, je vois aussi les fruits de notre travail. Nous aurons bientôt pas moins de cinq joueurs dans la sélection qui évolueront la saison prochaine dans la forte ligue italienne. Quand j’ai commencé il y a quatre ans, c’était mon grand objectif : amener nos talents vers de meilleurs championnats étrangers, plus grands et plus exigeants. À l’époque, ce n’était pas encore le cas. Aujourd’hui, nous récoltons les premiers fruits de ce travail. »
Bilan des matches amicaux
La préparation vous a menés à Beveren, Tourcoing et Vérone. Vous avez battu la France olympique 3-2 à domicile, mais il y a aussi eu des défaites contre l’Italie (2-3), la Turquie (1-3) et finalement la France à nouveau (1-3). Que retenez-vous de ces rencontres ?
« La victoire contre la France à Beveren a évidemment fait du bien, mais il faut être honnêtes : ils étaient privés de tous leurs titulaires expérimentés. Juste après le match, j’ai dit très clairement à mes joueurs qu’ils devaient garder les pieds sur terre. Lors du déplacement en Italie et en Turquie, nous avons eu une vision plus réaliste. Contre l’Italie, nous avons été très bons pendant quatre sets et nous avons joué à un très bon niveau. Honnêtement, je pense que contre la Turquie nous avons aussi montré de bonnes choses, mais il est tout simplement impossible d’enchaîner trois matches lourds en quatre jours si l’on n’est pas encore au top physiquement. Pendant cette première semaine, nous voulions surtout vérifier en profondeur la condition de tout le monde. L’objectif était de faire monter, en une semaine, le niveau général, la concentration et les qualités techniques de tout le groupe au même standard. Nous poursuivons deux lignes directrices : d’un côté, engranger des points pour le classement mondial ; de l’autre, construire l’avenir. L’an dernier, nous avons terminé septièmes au Mondial, et nous voulons conserver puis améliorer ce niveau. Malgré l’absence de Sam Deroo et Mathijs Desmet, la rééducation de Seppe Rotty et les petits pépins de Pierre Perrin, Ferre Reggers s’est montré très ouvert et très enthousiaste à l’idée de mener ce groupe. »
Le programme à venir
Quel est le calendrier maintenant ? Quand partez-vous exactement pour le Brésil ?
« Nous allons terminer dans les prochains jours les toutes dernières séances à Louvain et à Vilvorde pour peaufiner les derniers détails. Lundi, nous partirons définitivement pour l’Amérique du Sud. Là-bas, il faudra immédiatement s’adapter à un décalage horaire de cinq heures. La concentration devra être maximale dès le départ. Mais je n’ai aucun doute : tout le monde sera prêt à se battre, afin que nous puissions — si tout le monde est au top — confirmer contre les géants mondiaux tout ce que nous avons montré ces derniers mois. »
Texte : Kenny Hennens
Photo : XV_Photography
Programme Red Dragons – Volleyball Nations League
Les Red Dragons entament leur aventure en VNL avec un calendrier très exigeant et varié réparti sur juin et juillet. Voici le programme complet :
10/06 : Belgique – Bulgarie.
12/06 : Brésil – Belgique.
12/06 : Belgique – Serbie.
14/06 : Belgique – Iran.
24/06 : Pologne – Belgique.
25/06 : Chine – Belgique.
26/06 : Belgique – Allemagne.
28/06 : Belgique – Turquie.
15/07 : Belgique – Cuba.
16/07 : Belgique – Italie.
17/07 : Japon – Belgique.
19/07 : Belgique – Canada.
Sélection :
Stijn D’Hulst, Matthias Valkiers, Ferre Reggers, Basil Dermaux, Gorik Lantsoght, Kobe Verwimp, Wout D’heer, Samuel Fafchamps, Lennert Van Elsen, Seppe Baetens, Michiel Fransen, Pierre Perin, Simon Plaskie, Seppe Roty.
Staff :
Emanuele Zanini, Koen Aerts, Leondino Giombini, Tobia Raffaele Lavecchia, Bram Wuyts, Wout Lippens, Luc Itterbeek.